Vendredi 27 mars 2009

Comme un poisson rouge dans son bocal

Je surfe sur les blogs de mes camarades expatriés, ils voyagent beaucoup, étudient peu, en tout cas c'est ce qu'ils disent, et ça vous fait rêver. Roulia a vu Macchu Picchu, Tisto la Bolivie, Aile-Haine a fait le tour de l'Australie, Pikool est allé en Palestine, Pierrot s'est rendu à Istanbul... J'en passe, il y a des destinations encore plus croustillantes qui me font monter les larmes aux yeux d'être resté sur ce petit bout du vieux continent. Pourtant, je ne suis pas en reste, j'ai bourlingué aussi, seulement je ne l'ai pas dit, parce que c'était trop long à raconter, ou que j'avais simplement la frousse de ne pas bien retranscrire mon vécu. C'est toujours différent de parler d'une expérience, il manque des éléments, l'écriture dénature la substance du récit, paradoxalement. Le dernier voyage en date m'a vraiment marqué, il s'est déroulé voilà un mois, mais chaque journée a laissé une empreinte bien fraiche dans ma mémoire. Il est temps d'en faire un moulage, j'arriverais peut être à le recaser pour un musée dans quelques années.

Retranscription d'une conversation msn, un soir de janvier 2009:
  • Yukka dit: Salut Taya, t'es là?
  • Taya dit: Ahooooj !
  • Yukka dit: Ahoj aussi ! quoi de neuf?
  • Taya dit: bah ça va, on laisse filer le temps, je reviens de Biélorussie où j'ai réussi à inflitrer la mafia locale avec l'aide de la police secrète tchèque. Et toi?
  • Yukka dit: bon, je te le dis cash, je pète un peu un câble à Maastricht, j'ai trop envie de prendre l'air. Donc il y a 3 jours j'ai pris des billets Eurolines pour Prague, depuis Liège !
  • Taya dit: trop topette ! tu viens quand?
  • Yukka dit: je pars le 21 février, j'arrive le 22 à 6h du matin, pis je repars le 27.
  • Taya dit: Aaaaah, mais c'est pas vrai ?! Je suis pas là ! Je reviendrai de Berlin ouest après avoir échangé des otages serbes et ensuite je vais voir la région thermale tchèque avec mes parents. Rah, c'est trop balot, pas glop!
  • Yukka dit: haha...

Oui... C'était très mal parti.
Maastricht, c'est très joli, mais c'est très petit aussi, et le mois de janvier a été une pure torture universitaire. On finit par être un peu désenchanté, c'est la nuit et l'hiver ici, c'est l'été et il fait chaud là-bas. Et puis merde, je prends des billets pour Prague, ils ne sont pas chers, je ne connais absolument pas la République Tchèque, et j'y ai quelques confrères là bas: Taya, Agnès (que je ne verrai finalement pas), Ondrej, Eva... Il y aura toujours moyen de trouver un endroit où se loger, des gens avec qui sortir et passer un bon moment.
Quand je disais que je ne connaissais pas la République Tchèque, je mentais un peu: j'avais lu quelques ouvrages de Milan Kundera (La Lenteur, et La Valse aux Adieux) dont le style et les thèmes abordés m'ont envouté, un livre de Kafka (La Métamorphose) par pure curiosité; je savais qu'ils mangeaient du goulash, que les tchèques parlent tchèques, qu'il ne veulent pas entendre parler de l'expression "Europe de l'Est" pour parler d'eux, que leur Président dirige l'Europe juste après notre tristement légitime Nicolas S.; je savais qu'il faudrait changer de monnaie (la couronne "corona", que j'appelerais kopek jusqu'au bout de ce récit, mes excuses les plus sincères)
. C'est à peu près tout. Et puis, j'avais acheté le Routard, en bon aventurier français.
L'âme en peine face à l'annonce de l'absence de Taya, que je me faisais une joie de revoir, je prévois les portes de secours couchsurfing (à developper dans un prochain article). Les autochtones sont accueillants, et tchèques, je ne devrais pas dormir sous le pont Charles, finalement. Dommage, ça aurait eu un côté romantico-bohême avec état grippal qui ne m'aurait pas déplu.

Nouvelle conversation msn, quelques jours avant le départ
  • Taya dit: Heyhey !
  • Yukka dit: yehyeh !
  • Taya dit: Hé gorille latino, bonne nouvelle : avec mes parents, on part un jour plus tard, je peux donc aller te chercher à la gare le matin et te balader la journée. C'est de la topette qui topette ça ?
  • Yukka dit: Tu es la crème des crèmes.

Nous sommes le 22 février 2009, et c'est ici que l'histoire commence vraiment.

Eurolines, mon amour

Le choix de ce singulier transport en commun n'était pas indifférent. D'abord, sans faire de promotion, Eurolines est une compagnie de bus "low cost" (terme très en vogue), donc "peu chère" en traduction instantanée, et Peuchère c'est peu dire! Cette compagnie dessert la plupart des plus grandes villes européennes, dont la fameuse ligne directe Rennes-Salamanque que j'ai hanté toute une année pour les raisons que l'on sait.
On peut aimer ou détester Eurolines. Moi je l'aime pour les raisons qui font que d'autres détestent: les distances sont longues, et ceteris paribus la durée de voyage aussi. En réalité, dans une société où tout doit se faire en accéléré, où l'on est en retard, où l'on est stressé, prendre le bus pour un long trajet permet de relativiser en se disant que voilà deux siècles le moyen de transport terrestre le plus rapide était la calèche, et qu'on n'avait pas les mêmes préoccupations temporelles. Il faut bien compter 9 ou 10h pour faire Liège-Prague, qu'à cela ne tienne, je suis en vacances, j'ai le temps, et Rennes-Salamanque c'était 17h de trajet, donc quelle blague.
Ensuite, Eurolines, c'est la promiscuité, le contact des chairs, les sens olfactif et tactile en éveil permanent, la chaleur étouffante d'une climatisation inversée... Croyez-y ou pas, mais voilà la plus belle des manières de sympathiser avec ses camarades de voyage: à chaque descente (notez: pas arrêt, mais descente), les gens se sourient, soupirent, se plaignent et ont  la même compassion pour une misère commune dont l'on finit par plaisanter, en partageant une cigarette, un sandwich d'aire d'autoroute ou une gorgée de café, avant de remonter dans le bus et retrouver les effluves de sudation et de se glisser entre son fauteuil et le dossier de son voisin d'en face abaissé. Cet aspect-ci mériterait d'ailleurs d'être développé, mais je ne ferai que poser la question: pourquoi incliner son fauteuil tout en sachant pertinemment que cela ennuie profondément celui qui se trouve derrière? Ou plutôt, pourquoi la personne concernée omet-elle toujours volontairement de se retourner et de demander poliment si cela dérange? J'ai toujours pensé que c'était un manque de courtoisie profond et une grande preuve de veulerie. Vengez-vous, mettez leur des coups de pieds dans le dossier.
Eurolines, c'est également la promesse d'un film d'action palpitant vers 21h-22h, et les enfants n'ont qu'à fermer les yeux et se boucher les oreilles. Dans le désordre, les chefs d'oeuvre cinématographique que j'ai pu visualiser grâce à ces voyages sont: Universal Soldier, avec JC Vandamme; Otage, avec Bruce Willis; Instinct, avec Anthony Hopkins et des gorilles; Asterix aux Jeux Olympiques, avec tout le monde et personne finalement... Oui, le cinéma est vraiment de Septième Art, c'est dans des moments Ricoré comme ça que l'on s'en aperçoit. Sans compter que la langue de diffusion est celle du pays du chauffeur. Donc pas en français. CQFD.
Il n'y a qu'un aspect d'Eurolines sur lequel je suis prêt à concéder un point: le cahotage et la conduite des chauffeurs. Je note ici une des phrases échangées lors de mon premier voyage avec une voisine de bus Camerounaise, le chauffeur était espagnol alors: "Vous ne dormez pas Monsieur?" "Euh... Non" "Oh, mais ça ne va pas du tout, il est 4h du matin, cela fait 10h que l'on roule, il faut dormir." "Je ne veux pas" "Pourquoi?" "Je veux mourir les yeux ouverts, que je sache au moins pourquoi on m'arrache à cette terre". Les chauffeurs espagnols ont en effet un sens relatif, disons très instinctif, de la conduite et de la notion de "tenue de route".
En écrivant cela, j'ai failli commettre une grossière erreure. J'ai failli être emporté par mon enthousiasme et conclure le paragraphe précédant en disant que je n'avais connaissance d'aucun accident grave impliquant la compagnie Eurolines... C'est hélas faux, lien à l'appui: http://www.laprovence.com/articles/2008/03/16/341985-UNKNOWN-Collision-autocar-fourgon-Deux-morts-et-treize-blesses.php
Mes condoléances aux familles des victimes.
Je tiens à relativiser cependant, afin d'éviter les crises d'angoisse la prochaine fois que je penserais prendre le bus sur un long trajet : aucun transport en commun n'est sûr à 100%, pas même le train. C'est un peu le principe, en achetant son ticket il est écrit à l'encre sympathique que vous donnez le droit de vie et/ou de mort à la société qui vous véhiculera d'un point A à un point B. En général, elle n'abuse pas de cet article.
Enfin, précisons la différence subtile entre "arrêt" et "descente" : quand le bus s'arrête, on ne descend pas nécessairement. C'est un concept un peu dur à avaler quand on a une vessie d'un faible contenant, et que l'on refuse de se servir des toilettes du bus par pudeur. Or, le bus s'arrête souvent, toutes les deux heures environ; à ce moment là, certains malins tentent leur chance pour aller se fumer une cibiche ou faire un pipi express, mais c'est sans compter sur la corpulence et la mauvaise humeur de nos amis conducteurs, qui ont vite fait de remettre tout ce petit monde à sa place: on ne descend que quand les chefs ont decidé que l'on descendait, et c'est seulement pour se sustenter (dîner et petit déjeuner, et seulement 15 minutes) ou pour quitter définitivement le navire. Une fois cette subtilité ingurgitée puis digérée, vous pouvez effectuer un bon voyage avec les bus Eurolines.

Liège-Prague, 12h de route finalement, des compagnons de voyage surtout allemand, pas de film, des pruneaux secs comme aliment de base, arrivée à 5h du matin à la gare routière de Florenc à Prague, en vie.


 
Par Pascal le Yukka
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Mercredi 18 mars 2009

Retour en cuisine, et arrivée en fanfare avec un jeu de mots plus que douteux.

Les Recettes du Yukka 3  - Les Pommes de mon Pote Con
Prix : 1€
Temps de préparation/cuisson : 10min/20min
Pour 3-4 personnes

Ingrédients: - des pommes, autant que possible, mais pour 3 personnes, 5 à 6 pommes suffisent.
- du sucre (facultatif)
- de la cannelle (facultatif)

Ustensiles: une casserole, et c'est tout.

1) Eplucher les pommes puis les couper en morceau.
2) Les mettre dans la casserole avec un peu d'eau au fond, couvrir.
3) Laisser cuire pendant 20 minutes environ, en remuant de temps en temps pour éviter que ça accroche. Ecraser les morceaux lorsqu'ils sont mous. Une fois que la compote semble homogène, mettre un peu de sucre (ou beaucoup ou pas, selon ton taux de diabète).
4) Ayé, c'est prêt, et c'est juste délicieux avec une petit glace à la vanille et des gateaux secs. Dédicace au Grec qui m'a converti à l'amour de l'alliance pomme-cannelle.

Il ne faut pas être bien intelligent et bien riche pour faire une compote, il suffisait d'y penser. Tu économises l'argent que tu aurais normalement claqué en PomPot', tu peux même acheter des pommes bio, tu as la fierté d'avoir fait toi même ton dessert... Un seul conseil : ne pas essayer d'arranger la recette avec de l'alcool; je l'ai bien souvent fait, et le résultat était décevant. De la simplicité en toute chose, mon ami.

Par Pascal le Yukka
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Mercredi 11 mars 2009
La recherche du Bonheur. C'est une conversation que j'ai fréquemment eu cette année, autour d'une table au coin d'un bar, ou dans un parc innondé de soleil. C'est amusant de voir à quel point l'opinion des gens change lorsqu'il essaient de définir le bonheur. Je souhaiterais poursuivre cette réflexion plus en longueur dans cet article, mais je pense que je vais la dérouler petit à petit, parce qu'elle est encore bien floue.

Thomas Jefferson écrivit en 1776, pendant la Révolution Américaine, avant que cela ne soit inclus dans la Déclaration d'Indépendance
"We hold these truths to be self-evident, that all men are created equal, that they are endowed by their Creator with certain unalienable Rights, that among these are Life, Liberty and the pursuit of Happiness". Il peut y avoir débat bien sûr; ce n'est après tout qu'une phrase isolée de son contexte, empreinte de philosophie et qui laisse donc place à l'interprétation, surtout pour le dernier droit inaliénable énoncé, "la recherche du Bonheur". Jefferson a dit ce que chaque homme rêve d'être, quelque soit son peuple, et à quelle époque qu'il ait vécu: être heureux.

Voilà l'extrait d'un dialogue numérique qui fait écho à quelques heures imbibées de caféine. Désolé par avance si c'est en anglais (traduction disponible auprès de Pascal).

"The sense of life, i do not really care, i am right here, right now, and i just want to enjoy totally what i received for such a short time. "Do whatever you want, whenever you want. Life must be a succession of pleasures and not of unvoluntary constraints." This is happiness: true happiness does not exist, but pleasure does, and in many forms. The more pleasure you have, the closer you are to happiness, but you will never reach it. What we think is happiness is always so ephemeral, true happiness should never end. That is why i am enjoying every aspect of life, and i never lack of respect to anybody: please someone must be a pleasure for yourself"

Une petite mise en bouche. J'espère que cette année est pour tous mes camarades, expatriés ou non, une succession de plaisirs et non pas de contraintes imposées.
Par Pascal le Yukka
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Jeudi 12 février 2009
LE LANCEUR DE CONFETTI

J'en rêv' depuis que je suis tout petit

De devenir lanceur de confetti
Des jaunes, des bleus, des rouges, des verts, des gris
Dans une mer de sourires et de cris.

"Lanceur de confetti, quelle drôl' d'idée !
Mais enfin quoi, ce n'est pas un métier.
Tu seras docteur, avocat, huissier".
Me gourmandaient proches et familiers.

A huit ans pourtant, sans dents de devant,
Les joues, les genoux sales, les yeux brillants
Je me moquais de l'avis des parents :
Les papiers au vent, ça c'est amusant.

Confetti, guirlandes et serpentins
Il faut les découper bien un à un,
Les colorier, les plier avec soin,
Puis s'en fourrer les poches et les mains.

C'est un arc-en-ciel sans pluie, sans soleil,
Mais des couleurs qui flottent tout pareil.
Figées un moment en l'air comme en veille
En retombant les enfants s'émerveillent.

Je ne suis ni docteur, ni huissier, ni
Avocat ennuyeux aujourd'hui.
J'en rêv' depuis que je suis tout petit,
J'suis devenu lanceur de confetti.


Vous l'aurez deviné, c'est bientôt Carnaval à Maastricht. En fait, ça a déjà commencé, les bars sont remplis de groupes de personnes âgées déguisées et totalement beurrées. C'est une grande tradition dans la région, je pourrai hélàs n'y assister qu'une journée (sur une semaine), juste le temps de prendre quelques clichés. Les Maastrichtéens ont coutume de faire une journée de "répétition" du Carnaval vers novembre, le résultat était déjà stupéfiant: pour ceux qui ont fait ou connaissent le Crit, le bilan est à peu près le même, en une seule toute petite journée, de 8h du matin à 18h, ils ont réussi à saccager proprement (entendez "professionnellement") la place principale de la ville. Au soir, en la traversant, les effluves de bière et de vinasse vous prenaient à la gorge, les pieds collant au bitume, la place et les rues jonchées d'immondices et d'excrémements.
Je n'ose imaginer le résultat après une semaine. Je fuis donc.
Pour les curieux, le Carnaval se déroule entre le 21 et le 25 février, dans toute la région (Aix la Chapelle, Cologne, la Hollande en général).
Enfin, ce petit essai poétique naïf cherche à rappeler qu'il ne faut pas laisser ses rêves d'enfant derrière soi. J'ai l'impression que c'est la mode, lorsqu'on prend de la bouteille. Surtout passé les 21 ans.
Par Tétienne
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Mardi 3 février 2009
Gens !

Ceci est un appel à la solidarité et à l'ouverture, donc soyez réceptif !

Hébergez un Québécois qui veut "faire du pouce en France". Je l'ai rencontré hier, il s'appelle Nicolas Brazeau, il est barbu avec des petites lunettes noires, il porte des chemises à carreaux sur des T-shirts unis, il est bavard comme une pie, il a un accent rigolo, il a fini ses études à Maastricht et en général, et il ne veut pas rentrer à Montréal tout de suite.
Son objectif ultime : aller au Maroc. Mais avant il veut apprendre l'espagnol en Espagne, ce qui est pratique vu que c'est sur la route; et encore avant il veut aller voir la côte Atlantique française, ou au moins voyager à l'Ouest du territoire.
Oui mais voilà, il veut "faire du pouce". J'ai eu honte de la langue française quand il a dit ça. Nous, nous utilisons un horrible anglicisme "faire du stop", qui est très laid, alors que "faire du pouce", pardonnez moi, cela est tellement poétique et juste. Inclinons nous pour une fois devant nos cousins outre Atlantique.

Donc, si vous êtes d'âme charitable, aidez Nicolas ! Il sera content, et aura un tas d'histoires à vous raconter. Si vous posez les limites, il ne sera pas envahissant.

E-mail: nicolas.brazeau@gmail.com

Merci pour lui !
Par Tétienne
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